"La folle du logis ?" a-t-on dit. Son originalité a des racines dans la réalité. C'est un extrait volé à l'attention ou à la mémoire et transporté hors de son contexte, avec le souffle de l'inconscient dans le rôle du vent pour la direction prise. On pourrait dire aussi qu' il s'agit du résultat monstrueux (au sens propre du terme) de greffes entre des idées n'ayant aucun rapport entre elles. Mais une fois la nouvelle plante créée, elle a ses caractéristiques et commence une vie personnelle (comme la Clémentine ou la Nectarine). Et comme toute vie, elle est têtue, veut survivre, se reproduire et ne se laisse plus facilement modifier, ce qui fait sa force et peut rendre l'imagination dangereuse, si on la confond avec la réalité. Il ne faut pas confondre non plus l'imagination avec les procédés logiques de mélanges qui, bien appliqués, l'imitent à merveille. La vraie imagination ne se décide pas, est incontrôlable. J'en ai eu récemment un curieux exemple : le bruit de certaines imprimantes ressemble un peu à celui d'un vieux train à vapeur. pour traduire le bruit, on emploie des onomatopées. "Tchouc-tchouc-tchouc". Lorsque j'attends la sortie de l'imprimante, c'est un membre de phrase qui se répète inlassablement, toujours le même jusqu'à ce que le bruit cesse. Mais d'un jour sur l'autre ce bruit, égal à lui-même, surgit avec une phrase différente. J'essaye parfois de la modifier, de me mentaliser à entendre celle de la veille, par exemple, mais cela ne marche jamais. C'est celle du jour que je continue à entendre ! Or ces "phrasettes" sont si variées qu'il semble impossible qu'elles traduisent le même bruit ! J' ai entendu dernièrement : lentilles / fleurs d'pluie/ j'y suis / vas-y etc... Seul le i (vers la fin) est commun aux diverses propositions qui s'imposent à moi. Si j'insiste sur ce détail sans intérêt, c'est qu'il a un lien (qui, lui, est très intéressant)avec l'impression qu'a l'artiste de se voir imposer ses créations par une force (extérieure ou intérieure) irrésistible, qu'il ne contrôle pas.Sa "nécessité" d'écrire, de peindre ...ne serait-elle, en fait, que ce côté têtu", indépendant et "vital "de l'imagination ?
|