Il y a une "étymologie populaire", des "glissements de signification", des "bricolages phonétiques" et certains mots nous arrivent avec un faux sens ; nous hésitons sur leur signification réelle. Mais on peut dire aussi que les mots évoluent, que le langage est finalement ce qu'il a de plus démographique ! ...un gros chewing-gum que le peuple mâche et remâche au cours des siècles et qui devient parfois informe. Le langage étant un moyen de communication et non une statue, on peut aussi considérer que ce qui importe est de donner aux mots le même sens que celui qui les a employés en s'adressant à vous ou d'être sûr que votre interlocuteur les comprendra de la même façon que vous, lorsque vous tentez de lui communiquer une idée. Ce n'est pas toujours le cas et pas seulement pour des causes étymologiques : au cours de la vie des expériences, des sentiments, des impressions, des couleurs, des odeurs et des bruits se collent à certains mots ; un paysage se crée autour d'eux, qui apparaît à chaque évocation et le mot reste tout seul entre deux personnes ayant des visions différentes. Voilà pourquoi il est si important d'avoir "des intimes", ces gens qui ont vécu la même chose que nous et comprennent les choses de la même façon. Chaque famille, chaque groupe a sa propre langue, qui n'est pas seulement constituée d'un vocabulaire particulier, mais aussi d'une même façon de les "voir".
Mais essayons déjà de vérifier si nous avons bien reçu leur sens "officiel" !
A
ACHALANDE - Un magasin bien achalandé est un magasin qui a beaucoup de clients, pas forcément beaucoup de marchandises offertes à la vente. Le mot vient de l'ancien verbe "chaloir", s'intéresser . On le retrouve dans "nonchalant".
ADULTERE - Adultère n'a pas de rapport avec adulte, mais avec adultérer et altérer. L'adulte et l'adolescent viennent, eux, d'un verbe latin qui signifie "grandir".
AROBASE - L'arobase ne nos adresses e-mail (terme venu par le Québec) n'a jamais eu de base. Il a été choisi par un certain Ray Tomlinson parce qu'il restait disponible parmi les touches des claviers de machines à écrire. C'était jadis l'arrobe. Les commerçants espagnols et portugais l'utilisaient dans leurs écritures manuscrites depuis le début du XVIème siècle. Il s'agissait alors d'une unité servant à mesurer une "petite quinzaine de kilos" ou une "grosse dizaine de litres ". Sa capacité variait selon les villes. Selon Littré 16 kilos à Cadix...et l'arrobe d'huile n'était pas la même que celle de vin. Cela signifiait , traduisant l'espagnol,"a enrobé" venu (comment ?) de l'arabe "ar-roub" , "le quart". L'enrobé est devenu arobé en français, puis "arrobase" et finalement "arobase" par rencontre dans la tête de quelqu'un avec le grec "anabase" : "escalade ou raid militaire" ! |