A opérer, bien sûr. Et ils ont l'air d'aimer cela. Donc les bi-maléoles foutues, double fracture de la cheville (déplacée), des contusions, la peau abîmée, un petit morceau de peronné à enlever, des vis et une plaque de métal à installer dans ma jambe. L'idée de me transformer en "Robot-woman" n'est pas pour me déplaire ! A mon âge, c'est peut-être une solution !
Mais ce que j'ai aimé, c'est l'opération (2Het1/2 dans le block, totalement consciente ! avec les étudiants à qui l'on apprenait à l'occasion) Pour moi qui aime toutes les séries d'Urgences TV, c'était du LIVE, bref, un match de coupe du monde dans le stade, si j'étais amatrice de sport ! Après m'avoir demandé, on a décidé de m'endormir de la taille aux pieds, le haut du corps restant normal : effet très curieux, surréaliste ! et quand on m'a soulevé ma jambe sans que je la sente, come si elle ne faisait pas partie de moi, j'ai eu l'impression que c'était une jambe de poupée, remplie de son. J'ai alors eu l'idée que j'étais comme la petite Sirène, mais à l'envers, c'est-à-dire, qu'au lieu de me faire découper la queue pour avoir des jambes, je faisais peut-être transformer mes jambes en queue de sirène et que j'allais me retrouver avec une queue de poisson. J'ai essayé d'expliquer cela au chirurgien, mais il n'a pas semblé comprendre et pris l'air assez inquiet, puis mis un drap pour m'empêcher de voir l'opération. Quel dommage ! Mais j'ai entendu toute l'opération et la vie du bloc, des plaisanteries plus inquiétantes pour mon avenir que mon histoire de sirène (mais il ne connaît peut-être pas l'histoire de la petite Sirène, qui semble pourtant essentielle pour un chirurgien !) L'infirmière n'en revenait pas que je reste éveillée, malgré la douce et délicieuse couverture chauffante !
Puis la salle de "réveil". Deux heures de plus, sans dormir. Ambiance chaleureuse. La gentille mama ivoirienne essayait de vendre ses bijoux de pacotille aux collègues (à la maison de retraite où je travaillais, c'était une camerounaise qui vendait des sacs !), la jolie rousse racontant ses histoires , la troisième faisant des virées aux machines-qui- n'ont -plus-leurs-cochonneries préférées et les machines médicales, essayant de couiner pour attirer leur attention et les obliger à laisser leur passionnante conversation pour vérifier mes "inconstantes constantes".
A minuit et demi, on a appelé un beau jeune homme pour ramener mon lit dans une chambre après un dédale de couloirs et d'ascenseurs qui transforment le labyrinthe d'Ariane en pipi de chat. Je ne suis pas sûre que ce fut le chemin le plus court, mais j'ai apprécié cette balade (qu'on ne peut traiter de digestive vu que je n'avais ni mangé ni bu de toute la journée ) ! En fait, Mounette, tout le monde me semblait beau. Ce doit être cela l'effet de l'anesthésie ! Voilà mes vacances ! |